Le numéro 54 de la revue Question(s) de management (avril 2025) consacre un cahier spécial aux entreprises familiales et aux enseignements qu’elles offrent face aux dynamiques actuelles du monde des affaires. Les chercheurs et membres affiliés de l’Institut des entreprises familiales de l'ESSCA ont été sollicités pour répondre à la question suivante :
« À l’heure des start-ups et des GAFAM, quels enseignements peut-on tirer des PME et ETI familiales ? »
Les entreprises familiales n'ont pas les yeux rivés sur une cotation boursière. Elles font pour grandir (la structure solide, parfois prudente qui aide à pérenniser pour les prochaines générations) et non pas grossir à en devenir obèse comme certaines GAFAM qui pèsent des milliards fondés parfois sur une hypothétique profitabilité.
Ce qui différencie les entreprises familiales des starts up et autres GAFAM tient au fait qu'il existe un véritable ancrage familial. Quelque chose qui pourrait tenir du gène, comme un héritage de valeurs humaines qui positionne la génération en place à sentir le devoir d'être passeur de relais pour la future génération.
C'est cette coprésence de la logique familiale qui incite le dirigeant à rester prudent dans sa gestion de l'entreprise qui porte souvent son nom, sa réputation. Cette logique, qui peut être nommée "Slow business", qui tend à construire une richesse qui servira aux générations à venir. Les entreprises familiales sont pour beaucoup des TPE ou PME de quartier, de village, même en pleine campagne.
Ces entreprises jouent un rôle important dans la vie économique locale : elles fournissent l'emploi, elles permettent de rembourser les crédits immobiliers des salariés, de payer les études des enfants (même parfois ceux-ci intègrent l'entreprise familiale et deviennent "une famille" dans la famille). Souvent l'objectif et la fierté du dirigeant, c'est de créer, vivre correctement, c'est d'aider sa communauté et de participer à développer l'économie locale, de participer à la vie sociale locale par le mécénat, le sponsoring des clubs sportifs, ... .
C'est l'exemple historique de la région des Mauges avec ses usines à la campagne où des entreprises résistent encore à vouloir produire 100% France et local le plus possible. Ce système que l'on pourrait appeler "capitalisme social", au sens du : "je participe et j'améliore le sens commun", qui existent dans bien d'autres régions de l'hexagone...
L'entreprise familiale ne cherche pas nécessairement la profitabilité à tout prix, quel qu'en soient les conséquences sociales, environnementales. Elle veut transmettre une richesse aux futures générations familiales et à la vie locale.
C'est cette richesse socio-émotionnelle qui pousse parfois la nouvelle génération émergente, qui s'est lancée dans une carrière professionnelle ailleurs, à se dire :"Je ne peux pas laisser cet outil de travail, toutes ces années de travail acharné de mes parents, oncle, tante, tomber comme ça. Cette petite voix qui nous pousse à dire :" Vas-y ! Et on verra bien et de toute façon, ça le fera...."
L'entrepreneur(se) n'œuvre pas les yeux rivés sur une cotation en bourse. Pour autant, l'entreprise familiale doit être profitable ! Toutefois l'objectif final du dirigeant (et le conseil d'administration familial) c'est de travailler et construire pour les générations à venir en laissant une empreinte constructive pour le futur.